Cassini ? Pour certains, le nom évoque des cartes anciennes. Pour d'autres
une famille de géographes. Pour d'autres encore, l'Italie. C'est un peu tout cela à la fois… car
les Cassini sont des géographes d'origine italienne qui ont mis la France en carte du XVIIème siècle
à la Révolution.
Né en 1625 dans le comté de Nice, Jean-Dominique Cassini avait été choisi, après de brillantes
études à Gênes, pour occuper la chaire d'astronomie de la très réputée université de Bologne.
Il y étudia l'orbite d'une comète en 1652, traça une nouvelle méridienne plus exacte que celle
dessinée par ses prédécesseurs, étudia les taches et les satellites de Jupiter, dont il donna
les tables de rotation, et fut aussi chargé de travaux d'architecture, d'urbanisme et
d'assainissement des eaux du Pô. À cette même époque, Colbert cherchait à attirer en
France les savants étrangers les plus brillants. Cassini, qu'il avait appelé, obtint du
pape une autorisation temporaire de sortie. Mais il se plut en France, s'y maria et accepta
en 1673 des lettres de naturalité de Louis XIV. Il s'installa à l'Observatoire à Paris et
découvrit quatre nouveaux satellites de Saturne. Aveugle en 1710, il mourut deux ans plus tard.
La Terre est-elle ronde ou ovale ?
Son fils Jacques (1667-1756) poursuit les travaux paternels. Reçu dès 1667 à
l'Académie des Sciences, il voyagea en Europe et se lia avec tous les savants
de son temps, Newton entre autres. Il étudia non seulement l'astronomie mais
aussi l'électricité, le baromètre, les armes à feu… Quand il publia en 1718
un ouvrage sur La grandeur et figure de la Terre, ses résultats firent
l'objet de vives polémiques (il avançait notamment que la Terre n'était
pas ronde mais ovale, plus haute que large). Aussi Louis XV lui confia-t-il
l'exécution de nouvelles mesures, notamment la longitude de Brest à Strasbourg.
Son intégrité lui avait valu aussi d'être nommé magistrat à la Chambre de justice.
Mettre la France en cartes
Fils de Jacques, César-François Cassini (1714-1784) entra comme
son père à l'Académie des sciences. Passionné d'astronomie, mais
aussi de géométrie et de géodésie, il fut chargé en 1739 de
reprendre les mesures de la méridienne de France. En 1747, il
accompagnait le roi lors de la campagne de Fontenoy pour lever
les plans des régions occupées et des zones de bataille. Son
travail était d'une qualité telle que le roi s'exclama : "
Je veux que la carte de mon royaume soit levée de même, je
vous en charge " ! C'est avec joie que Cassini se mit à l'œuvre
qui allait laisser à la postérité le nom de sa famille. Il établit
la carte à l'échelle d'une ligne pour cent toises (soit 1 : 86 400),
qui allait plus tard servir de modèle à la carte d'état major.
Le gouvernement finança le projet jusqu'en 1756. Cassini dut ensuite
créer une compagnie permettant le remboursement des coûts par la
vente des cartes. Avec au total 182 " feuilles ", cette entreprise
de cartographie est la plus vaste jamais réalisée jusqu'alors :
les fameuses " cartes de Cassini " étaient nées.
" Ex-vivant " sous la Révolution
Fils de César-François, Jean-Dominique (1748-1845) collabora à l'œuvre titanesque
de cartographie de son père. Il voyagea aussi en Amérique, en Afrique, en Italie,
en Angleterre… En 1784, il prit la tête de l'Observatoire. Mais, à la Révolution,
des bandes armées brisèrent les télescopes qu'on prenait pour des canons braqués
sur les citoyens ! Nommé géomètre du Comité de constitution, chargé de dresser les
cartes des départements, il fut un temps secrétaire de l'Académie des sciences,
bientôt supprimée par la Révolution. Ses biens, ses titres, l'ensemble de ses cartes :
tout lui fut finalement confisqué. Au point qu'il écrivait, avec beaucoup d'humour,
à une époque où l'on était dit " ex-noble " ou " ex-curé ", qu'il était devenu "
ex-vivant ". Arrêté en 1794, il fut sauvé de la guillotine par la mort de Robespierre.
Libéré, il fut encore dénoncé et poursuivi pour avoir fait dire la messe chez lui.
L'Empire sut reconnaître ses mérites et le décorer.